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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Le pèlerin inconnu de la Cavalerie (Aveyron)

 

Le village fortifié de La Cavalerie a fait l'objet d'importantes fouilles archéologiques qui se sont déroulées sur le site de la place de l'église.

Ces fouilles ont permis la mise au jour de vingt tombes, sur l'espace occupé autrefois par une nécropole templière et utilisée au moins jusqu'au XVIIIe siècle.

Cette campagne de fouilles a d'ailleurs fait l'objet d'un compte-rendu publié en 1999 dans le numéro 13 de la revue Vivre en Rouergue, sous le titre : « Le Vieux Cimetière de la Cavalerie » par Jean Poujol et Jean Pujol (pages 129 à 141).

Tombe du pelerin

Nous nous intéresserons ici à la tombe n°7 dite « du pèlerin ». Cette tombe, située dans les couches stratigraphiques les plus profondes, soit à plus de 50 centimètres du sol supérieur, devait originellement avoir une couverture de dalles. Elle est pratiquement la seule de son niveau à avoir livré du mobilier, mais pour autant les archéologues ne peuvent lui attribuer une chronologie précise. Ceux-ci, en effet, n'écartent pas l'hypothèse d'être en présence d'une réutilisation de tombe plus ancienne. Le mobilier livré par cette sépulture se compose d'une petite coquille Saint-Jacques retrouvée fragmentée, accompagnée d'un grelot de bronze du type de ceux que l'on attachait aux bâtons de pèlerins, ou que l'on cousait sur des vêtements civils ou liturgiques, ou bien encore que l'on fixait aux pattes des rapaces employés dans les exercices de fauconnerie. Pour l'heure, aucun de ces deux éléments ne permet de situer cette tombe chronologiquement, en l'absence de datation certaine pour les tombes alentour. Par contre, la présence conjointe d'une coquille et d'un grelot a conduit légitimement les archéologues à attribuer cette tombe à un pèlerin dont on ne sait s'il était de passage ou s'il s'agissait d'un cavalérien de retour d'un pèlerinage plus ou moins lointain et ancien.

Cami Romieu

Grand centre Templier et Hospitalier[1], La Cavalerie se trouvait située sur le « Cami Romieu » (chemin du pèlerin) des Templiers de la Commanderie de Sainte-Eulalie qui l'empruntaient pour rejoindre le port du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, porte de le Terre-Sainte. Il traversait le Larzac jusqu'à La Pezade, bifurquait vers Saint-Pierre-de-la-Fage, descendait sur Montpeyroux et franchissait l'Hérault près de Gellone, au Pont-du-Diable. Il se prolongeait jusqu'à Nîmes et la vallée du Rhône . Cette route recueillait aussi les pèlerins de Rocamadour, Conques et l'Aubrac pour les conduire en direction de Rome ou de Jérusalem. Le « Liber Miraculorum » de Rocamadour l'appelle le « chemin des poitevins » par Rocamadour, Aurillac et Saint-Guilhem-le-désert. C'est aussi «l' iter peregrinorum » de Rocamadour à Saint-Gilles, par Figeac, Rodez, Millau et Saint-Guilhem-le-Désert.

Il est mentionné très tôt dans la chanson du « Moniage de Guillaume » (XIIe siècle). Elle évoque les pèlerins « allant à Rocamadour » qui passent sur le Pont-du-Diable et jettent des pierres dans « l'eau qui est noire, tournoyante et sans fond ».[2] Marcel Girault[3] évoque plusieurs hauts personnages qui emprunterons cette route dans un sens comme dans l'autre :

Et Compostelle ?

Une telle situation aurait pu faire songer à un éventuel pèlerin de Rocamadour, de Saint-Gilles ou de Saint-Guilhem.

Mais se fondant sur la seule coquille, les archéologues ont attribué à ces restes la qualité de pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle, en l'absence de tout autre élément probant.

Cette conclusion apparaît prématurée, étant donné que la coquille est un attribut commun à tous les pèlerins, d'où qu'ils viennent et où qu'ils aillent, à l'exemple des chevaliers de Saint-Michel qui portaient un collier de coquilles. D'ailleurs, un dicton du XVIIIe siècle rapporté dans la Chronologiette de Pierre Prion ne disait-il pas : A qui revendez-vous vos coquilles, à ceux qui reviennent de Saint-Michel. [4]

On ne peut donc raisonnablement réduire tous les pèlerinages au seul pèlerinage vers le sanctuaire gallicien.

Un scepticisme de bon aloi permettrait d'approfondir et d'encourager de nouvelles investigations.

Saint-Jacques Matamore

Tout contre l'église du village, une stèle a été érigée (en 2004) en souvenir du pèlerin de Compostelle.

Elle porte sur ses faces la croix-épée de Santiago Matamoros (le tueur de Maures), hâtivement placée en un lieu consacré à deux Ordres (Templier et Hospitalier) certes chargés de combattre les infidèles, mais qui se sont également prêtés à un échange réciproque entre des cultures que l'on croyait antagonistes.

Francis Moreau

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Notes :


[1] A.R.Carcenac, Les Templiers du Larzac, Lacour Nîmes 1994.
[2] Paul Tuffreau, La Légende de Guillaume d'Orange, H.Piazza, Paris 1965,p.244.
[3] Les Chemins de Saint-Gilles, Lacour Nîmes 1990.
[4] Chronologiette de Pierre Prion, f°100, p.172, Fayard 2007.