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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Le temps des cadurciens 1318-1357

 

Paradoxalement, si le XIVe siècle à Lodève est probablement la période de son histoire la moins bien connue, elle est aussi de celles qui ont laissé pourtant le plus grand nombre de traces dans la pierre de notre vieille citée. La cathédrale, son cloître, les murailles de l'enceinte de la ville lui ont donné ce cachet médiéval que les siècles suivants ne parviendront pas à effacer totalement.

Ce cachet, elle le doit en grande partie à ses quatre évêques cadurciens et à Bernard Gui (aux origines limousines). Ils régnèrent au cours de la première moitié d'un siècle qui fût aussi celui d'une profonde crise politique et économique consécutive à ce qu'il est convenu d'appeler la Guerre de Cent Ans.

C'est un pape énergique et autoritaire qui succède à Clément V en 1316. Jean XXII (Jacques Dueze) est issu d'une famille de l'oligarchie marchande de Cahors. Son père est changeur et sa mère est apparentée à la puissante famille de Jean des Juniès. Il instaure la stabilité de la cour pontificale en l'installant désormais à Avignon ville. Il réorganise entièrement l'administration de l'Eglise, crée de nouveaux évêchés, renforce les pouvoirs de l'Inquisition, réprime sévèrement les Béguins du Midi et favorise ouvertement le népotisme et le haut-clergé quercinois. En 1318, il désigne Jacques de Concots comme évêque de Lodève en remplacement de Guilhem de Mandagot décédé la même année. D'une famille originaire de Mandagout près du Vigan, les Mandagot étaient des barons locaux, seigneurs de Montpeyroux dans le diocèse de Lodève. Jacques de Concots inaugure une longue lignée d'évêques étrangers à la région, qui ne résideront pas tous dans leur évêché mais sauront y imprimer leur influence.

Jacques de Concots 1318-1322

Château de Concots
Château de Concots (Lot)

Né au château de Concots non-loin de Cahors, Jacques de Concots entre chez les frères Prêcheurs de Toulouse. Il occupe différentes fonctions dans les couvents de Figeac, Périgueux, Montpellier, Condom, Agen, Carcassonne et Bordeaux. Il est Prédicateur Général en 1315. Nommé à l'évêché de Lodève en 1318, il entreprend aussitôt la construction de la nef de la cathédrale et achève le grand clocher (1320). Dans le même temps, il fait venir ses confrères dominicains dans le diocèse et les installe à Clermont en 1321. En 1322 il est nommé à l'archevêché d'Aix et devient confesseur de Jean XXII.

Jean Tissandier 1322-1324

Jean Tissandier
Jean Tissandier donateur (Musée des Augustins Toulouse)

Jean Tissandier (ou de la Tissanderie) qui succède à Jacques de Concots est Frère Mineur (Franciscain cordelier). Pendant son court épiscopat il ne paraîtra pas à Lodève qu'il gouvernera par l'intermédiaire de son procureur Raymond de Solignac (ou Salignac). Il terminera le conflit entre les autorités ecclésiastiques et les Béguins de Lodève (seul importe l'esprit de pauvreté, non le fait matériel de la pauvreté) avant d'être nommé à l'évêché de Rieux-Volvestre. Il fera construire dans le couvent des Franciscains de Toulouse la chapelle dite de Rieux qu'il fera décorer par un artiste connu sous le nom de Maître de Rieux (entre 1324 et 1343). Ce sculpteur toulousain est considéré comme le plus important de la période gothique. Ces oeuvres sont actuellement exposées au musée des Augustins de Toulouse. On y trouve notamment le gisant de Jean Tissandier frappé de ses armoiries qui sont parti à dextre 3 croissants en pal, à senestre 3 coquilles aussi en pal.

Bernard Gui 1324-1331

Bernard Gui
Bernard Gui et L'inquisition

Bernard Gui est le plus connu des évêques de cette époque. Né à La Royère près de Limoges en 1261, il entre très tôt chez les Prêcheurs où il franchira tous les grades avant de devenir Inquisiteur puis Procureur Général de l'Ordre Dominicain. Nommé évêque de Lodève, ce sera un évêque résident qui s'attachera à améliorer son gouvernement spirituel tout en renforçant sa gestion temporelle. Il soumettra les habitants de Lodève à son pouvoir seigneurial en leur enlevant le privilège du consulat. Il exigera des seigneurs vassaux qu'ils prêtassent régulièrement leur serment de fidélité. Il poursuivra la construction de la cathédrale et la réfection du Palais Episcopal. Hagiographe, Historien, Inquisiteur, il rédigera une Vie de Saint Fulcran, un Manuel de l'Inquisition et le Cartulaire de l'Eglise de Lodève. Bernard Gui s'éteindra au château épiscopal de Lauroux le 30 décembre 1331.

Bertrand du Mas 1332-1348

Bertrand du Mas, religieux dominicain, est né à Cahors. Il entre au couvent de Pamiers puis devient Prieur du couvent de Saint-Girons en 1315. En 1321 il est chanoine de Rodez puis devient successivement Archiprêtre de Sarlat (1323), Chanoine de Cambrai (1326), Archidiacre d'Arras (1328). Sa nièce, Bernarde de la Voie, épouse Raymond de Jean en 1323. Il poursuivra l'œuvre de Bernard Gui avec assiduité, obtenant la soumission de ses vassaux les plus importants. Au cours de son épiscopat les bas-côtés de la cathédrale (commencés en 1295) furent achevés et voutés (1345). Il entrepris la construction de la moitié inférieure de la façade Ouest. La chapelle Saint-André commencée en 1270 est reprise et achevée en 1340. Bertrand du Mas mourra en 1348, victime de la Peste noire.

Robert de la Voie 1348-1357

Cathédrale de Lodève
Cathédrale de Lodève

Robert de la Voie (de Via) est le neveu de Bertrand du Mas. Il est né à Cahors vers 1321 et est le fils de Pierre II de la Voie, Baron de Villemur et Calvinet, et de Bernarde du Mas, sœur de l'ancien évêque de Lodève. Sa grand-mère paternelle n'est autre que Marie Dueze, la sœur de Jean XXII. C'est donc un petit-neveu du Pape. En août 1357 il est transféré au siège de Lavaur (Tarn).

Il avait nommé son parent Déodat du Mas Vicaire Général du diocèse de Lodève.

C'est durant son règne que seront édifiées les murailles de la ville : Laquelle ville feust close et fermée l'an trois cent cinquante et ung, a raison de la guerre quy estoit alhors contre les ennemis du Roy. Auquel temps les sieurs ecclesiastiques furent contraints par le Seneschal de Carcassonne a ce fortiffier en leur syté...

Peut-on dater de son épiscopat les retables du Caylar et de Parlatges ? La Sainte-Madeleine de l'église du Caylar (qui faisait autrefois partie d'une Mise au Tombeau) a été offerte par un certain Jean Juniès dns ioh/annes iv/nesii. Peut-on y voir un rapport avec la famille de jean et notamment le cardinal Gaucelme de jean grand-oncle de Robert de la Voie ? Il avait fait réalisé dans l'église des dominicaines de Juniès (Lot) une verrière christologique que l'on peut toujours admirer. Elle représente les récits de l'Enfance et de la Passion de Jésus, deux thèmes chers aux Frères Prêcheurs et souvent exploités par eux dans leurs missions auprès du peuple. On notera simplement que les deux retables ont eux aussi pour thèmes des épisodes de la Vie du Christ et principalement de son Enfance (celui de Parlatges y étant entièrement consacré). Notons enfin que le célèbre canoniste Jean de Jean avait été nommé en 1332, Abbé de Joncels, abbaye du diocèse de Béziers, mais aux nombreuses relations avec le diocèse de Lodève.

Les Evêques de la seconde partie du Siècle

Le temps des cadurciens est révolu. Gilbert de Mendegaches (1357-1361) vient du Dauphiné, Aimeric d'Hugues (1361-1370), issu peut-être d'une famille de Pouzols (Hérault), est né à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse). Gui de Malsec de Chalus (1370-1371) est originaire de Tulle (Corrèze), c'est un neveu du pape Grégoire XI. Le bénédictin Jean Gastel (1371-1376) vient d'Auvergne. Il était abbé de Menat (Puy-de-Dôme). En 1372 il instituera à Lodève la Confrérie du Saint-Sacrement. Il est aussi Chancelier du Duc de Berry. Ferri Cassinel (1376-1382) est né à Paris. Il sera évêque d'Auxerre puis Reims. Défenseur de l'Immaculée Conception, il sera victime d'un empoisonnement, à Nîmes, commandité par quelques-uns de ses contradicteurs. (Le dogme de l'Immaculée Conception ne sera proclamé qu'en 1854). Pierre Girard (1382-1385) est originaire de Saint-Symphorien-le-Château près de Lyon. Il deviendra cardinal et lèguera une chapelle (en drap de couleur à ses armes) dans la cathédrale de Lodève (1420). Enfin, Clément de Grammont (1385-1392) est originaire du Tournaisis . Familier du cardinal Guillaume de Chanac, il sera camérier de l'antipape Clément VIII et administrera son diocèse uniquement par l'intermédiaire d'un Procureur.

Dans ce contexte, la première moitié du XIVe siècle apparait à Lodève comme un cycle d'années paisibles offrant un fort contraste avec la seconde moitié placée quant à elle sous le sceau des troubles de la Guerre de Cent Ans et d'une plus grande rotation des évêques sur le trône épiscopal.

Sans doute, la Peste Noire de 1348 a-t-elle taché de désolation cette cinquantaine d'années heureuses, mais sur ce sujet les documents lodévois sont muets.

Durant cette période la cathédrale prit peu à peu l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. Elle devra cependant attendre le siècle suivant pour voir sa nef principale voutée et enfin achevée sa façade ouest. La ville reçut quant à elle son corset de remparts qui devait lui donner pour longtemps encore la forme si caractéristique d'un violon.

La cité organisa son syndicat et ses métiers, réglementa une nouvelle fois sa foire de Saint-Genès (1346) allant même jusqu'à établir un impôt municipal et un poids public pour le blé et la farine (1347).

La bourgeoisie urbaine allait enfin profiter du désordre qui apparaissait déjà, en étendant ses attributions et en affermissant son emprise fiscale.

Alors que l'évêque, souvent absent, voyait ainsi son pouvoir rogné par ses vassaux, les agents du Roi faisaient plus souvent peser leur tutelle, celle de l'Etat, au détriment de l'Eglise qui perdait peu à peu l'essentiel de son pouvoir temporel.

Francis Moreau 2010

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Épitaphe de Jean Tissandier, chapelle de Rieux

Christi sancta mater, Francisce piissime pater,
Hunc filium gratum precibus habeto placatum,
Ut author fidei misereatur ei.
Ne sint ingrati fratres tantaæ caritatis,
Sanctos imploret, et Christum jugiter orent,
Ut vitam tribuat et bona retribuat,
Exorent Christum titulum qui legerint istum,
Ut hic locatum faciat sua pace beatum.
Amen.