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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Augustin Dehargues: Officier de l'Armée Catholique et Royale.

 

Les Dehargues apparaissent à La Tardière (Vendée) au tout début du XVIIIe siècle, sans doute attirés dans la région par la vitalité du commerce des toiles de cadis et de serges. Ce sont des marchands, et comme leurs semblables, les Bailly-du-Pont, les Vexiaud, les Giraud, les Mosnay, ils commercent avec des villes telles que Nantes et la Rochelle qui se chargent d'expédier leurs toiles vers le Canada. Mais tout aussi déterminantes ont été les perspectives de promotions nobiliaires ouvertes par la création du Bailliage de Vouvant-La Châtaigneraie par Louis XIV en 1698. Avec le temps, ils vont s'allier avec des familles d'hommes de lois et deviendront eux-mêmes des licenciés en droit, diplôme indispensable pour devenir lieutenants, procureurs, greffiers, avocats. Riches, ils achèteront de nombreux fiefs qui ne sont le plus souvent que des fermes pompeusement érigées en seigneuries.

C'est ainsi que Pierre Dehargues, marchand et sieur de l'Etruyère, épouse Marie Marchay, la fille de René Marchay Greffier en chef du Bailliage de Vouvant, qui se fait aussi appeler Marchay de la Ville. Dans un premier temps, ils demeurent dans leur fief de l'Etruyère avant d'emménager bientôt dans la nouvelle maison qu'ils se sont fait construire au Pré-Bailly de La Châtaigneraie, aux alentours de 1715. Des onze enfants connus qu'ils auront entre 1710 et 1725, quatre seulement naîtront à l'Etruyère. Pierre Dehargues n'est pas venu seul à La Châtaigneraie, il s'installe avec ses frères et soeur, René, Antoine et Marie.

Leurs enfants seront bien vite pourvus en domaines et seigneuries particulières. A Pierre, le second fils, échouera l'Etruyère. Louis héritera de la Renardière et de la Célardière, Angélique de la Poupardière, Joseph de la Daunière puis du Fraigneau et François du Puy Limousin. Quant au fils aîné, René, il fera une brillante carrière comme Assesseur Civil et Criminel au Bailliage de Vouvant séant à La Châtaigneraie.

Les descendants de René Dehargues seront juges, avocats, docteurs en médecine. Les ultimes représentants de cette branche sont : Gustave René, né à Vouvant en 1824, qui s'éteindra sans postérité à l'Hôpital Militaire de Lyon le 25 avril 1854, et Charles Louis, qui sera titulaire de la Légion d'honneur.

La branche de Célardière et de la Grenetière disparaitra avec Jules Marie Aimé Dehargues (1783-1868) propriétaire du vieux manoir du Grenouiller et dont une rue de La Châtaigneraie porte encore le nom.

Quant à François du Puy Limousin, il va revenir à son fils Augustin d'illustrer sa postérité.

Augustin Dehargues d’Estiveau
Portrait d'Augustin Dehargues d’Estiveau

Un chef vendéen

Adjudant Général et membre du Conseil Militaire des Armées Catholiques et Royales, ancien Chef de division dans l'Armée Royrand, Augustin Dehargues d'Estiveaux est connu pour son audace et sa fougue dans les combats de la Vendée militaire. Madame de la Rochejacquelein le dépeint sobrement : « ....Monsieur de Hargues, bourgeois de La Châtaigneraie, excellent officier. » [1]

Ce jeune « bourgeois » entre en rébellion dès l'été 1792 où il prend part, avec Baudry d'Asson et Delouche, à l'insurrection manquée de Bressuire. Réfugié en Anjou, arrêté à Chalonnes-sur-Loire puis bientôt libéré par les insurgés vendéens (21 mars 1793), il revient à La Châtaigneraie pour y prendre le commandement de cette place en août 1793. C'est à ce poste qu'il lit lui-même à sa troupe la proclamation de Goupilleau (de Fontenay) et Bourdon (de l'Oise) engageant les rebelles à livrer leurs chefs. Il va sans dire que le panache d'un tel geste ne pouvait que susciter l'admiration des hommes pour leur commandant.

Augustin Dehargues participe à toutes les péripéties de l'armée vendéenne. Il se distingue à Laval et à Antrain (novembre 1793). Mais sa fougue le perd lors de cette ultime bataille, emporté à vive allure par son cheval dans les rangs ennemis, il est reconnu à son écharpe blanche et retenu prisonnier. Il sera guillotiné à Rennes en décembre 1793 : " il sut mourir avec le plus grand courage, écrit encore la marquise de La Rochejacquelein, il criait Vive le roi quand le couteau tomba sur lui."

Naissance mystérieuse

Une tradition tenace, inspirée par Crétineau-Joly [2], veut faire naître Augustin Dehargues au Puy Limousin, sur la commune de La Tardière.

Son père, François René Dehargues, licencié ès-lois, n'était-il pas seigneur du Puy Limousin ? Faire du Puy Limousin le lieu d'habitation de la famille Dehargues et donc lieu de naissance des enfants de François paraît logique. Mais c'est certainement abusif si l'on tient compte de la documentation encore accessible aujourd'hui.

François Dehargues avait épousé Marianne Richard, de la Maison-Neuve, (fille d'un marchand de Bressuire), et ils vont s'installer au manoir de la Jobtière près de La Ronde (Deux-Sèvres) où François était fermier général (percepteur) du domaine et de la seigneurie. C'est à la Jobtière qu'est né leur premier fils, François-Pierre, le 28 mars 1752. François-Pierre ne tardera pas à décéder (4 avril 1752). Mais il est tout à fait probable que les autres enfants du couple puissent être nés au même endroit, car nous les retrouverons plus tard à La Ronde. Malheureusement pour nous, les registres de La Ronde, de 1753 à 1774, sont disparus, probablement détruits par la tourmente révolutionnaire et les guerres de Vendée. L'acte de naissance (vers 1763) d'Augustin est donc perdu à jamais. Mais nous savons par la suite que son frère Louis Angélique (de la Jarie) épousera à May-sur-Evre (49) en 1783, Jeanne Tharault, Augustin signe comme témoin, et que sa soeur, Désirée, épousera à La Ronde, Joseph Noirault du Chatellier en 1799 (Joseph est originaire de Thouars). Désirée Dehargues est née vers 1761, à La Ronde, puisque c'est en ce lieu qu'elle se marie et où elle réside. Plus encore, Augustin Dehargues est parrain d'un fils de son frère Louis, Benjamin, né à La Ronde en mars 1789. Un autre frère d'Augustin, Pierre Joseph (né vers 1753), épousera à Fontenay-le-Comte le 15 avril 1777, Marthe Elisabeth Perreau. Le mariage est célébré sans opposition de la part du curé de La Ronde, preuve de la naissance de Pierre Joseph à la Ronde. A cette date, François Dehargues habite encore à La Ronde. Le nouveau couple s'installera à l'Absie et leur fille Marie Marthe Félicité épousera Pierre Puibaraud. Elle s'éteindra, rue de la Fontaine à Fontenay-le-Comte, le 4 mars 1821.

La famille Dehargues du Puy Limousin était à la Ronde en 1752, elle y était encore en 1799, tout laisse supposer qu'Augustin Dehargues est bien né à La Ronde entre 1762 et 1770. Il aurait pu naître à La Châtaigneraie, mais cela semble peu probable et là aussi, les registres de 1768 à 1785 sont perdus.

Quant à la commune de La Tardière, elle tient ici une place particulière puisque l'ensemble des registres paroissiaux est tout à fait bien conservé. De la période 1760-1770, il ne manque que le mois de janvier 1770. Si Augustin Dehargues était né au Puy Limousin, qui dépend de La Tardière, on y retrouverait facilement trace de sa naissance. Hors tel n'est pas le cas. Les Dehargues sont absents de La Tardière dès avant le milieu du XVIIIe siècle. L'oncle d'Augustin, Louis Antoine de la Célardière est le dernier à naître à La Tardière le 5 avril 1714. Il épousera Julie Bouquet et leur fils Louis Daniel Dehargues de la Grenetière (1750-1833) viendra habiter le Grenouiller à La Châtaigneraie.

Rendons donc à César ce qui est à César et à La Ronde ce qui est à La Ronde, Augustin Dehargues est bien né à La Ronde, mais sa famille avait des racines déjà anciennes à La Tardière... [3]

Francis Moreau
2008

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Sources :


Aux Archives Départementales de la Vendée :

La Châtaigneraie AD2E059/ 1 à 10, ACO59.
La Tardière AC289, ADE289.

Aux Archives Départementales des Deux-Sèvres :

La Ronde 1MIEC113R329, 2MI934.
La Tardière les Chemins de l'histoire, Geste Editions, La Crèche 2001.

Notes :


[1] Marquise de La Rochejacquelein, Mémoires, Michaud Paris 1815.
[2] Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée Militaire, vol 1, p.315, note 1. Drochon Paris 1895-1896.
[3] Les Dehargues sont établis dans la région dès le XVIIe siècle. En 1649, Jean Dehargues était sergent royal à La Châtaigneraie (Étude de André Gaultron, notaire à La Châtaigneraie: Transaction entre "mestre Jean Dehargues et Pierre Carbonnel", 30 décembre 1649.