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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Un cardinal noir à Lodève

 

Au soir du 27 janvier 1814, un homme en frac brun descend de la diligence de Montpellier. Emboitant le pas à un valet portant lanterne, ils traversent tout deux le pont de Lergue et se glissent furtivement à travers les ruelles désertes, jusqu'au domicile du sieur Arrazat, marchand-fabricant de draps.

Un prêtre l'attend, une religieuse offre ses services. L'inconnu préside à la récitation de quelque Heure, avant de s'affaisser d'épuisement dans un large fauteuil.

L'inconnu est cependant serein. Il sait que son troisième exil sera de courte durée. Depuis sa terrible défaite de Leipzig en octobre 1813, son bourreau est aux abois. Ce bourreau, son bourreau, c'est l'empereur des Français, Napoléon Ier.

Pier Francesco Galeffi est né en 1770. Ses parents, le comte Vincenzo Gallefi et la comtesse Violante Fantaguzzi sont de vieille souche patricienne Romagnole, compatriotes et clients de la famille du pape Pie VI Braschi (1775-1799). Le jeune homme se destine à la cléricature, et après de brillantes études devient chanoine du Vatican et Chambellan Privé du Pape (1794).

En 1798, il est obligé de fuir Rome devant l'avancée des troupes de la République Française et des forces révolutionnaires. Premier exil, mais de courte durée. En 1803 il est nommé cardinal par Pie VII. En 1808 il est expulsé de Rome avec treize autres cardinaux. L'année suivante, Rome et les Etats de l'Eglise sont annexés, Pie VII est fait prisonnier et transporté en France. Le cardinal Galeffi rejoint le Pape à Fontainebleau et s'installe à Paris.

En 1810, après avoir divorcé d'avec Joséphine pour cause de stérilité, Napoléon épouse Marie-Louise de Habsbourg, fille de l'empereur François II d'Autriche et nièce de Marie-Antoinette. Le mariage a lieu le 31 mars 1810 à Saint-Cloud. Pour protester contre le divorce (interdit par l'Eglise), 13 cardinaux boycottent la cérémonie. Courroux de Napoléon. Les cardinaux réfractaires se voient placés sous surveillance policière, leurs biens sont mis sous séquestre, il leur est interdit de porter la pourpre, sont obligés de se vêtir de noir. Le 10 juin 1810 ils sont condamnés à l'exil. On les appellera "les cardinaux noirs".[1]

Le cardinal Galeffi est exilé à Sedan, puis Charleville. En 1813 il est libéré. Mais en 1814 il est de nouveau exilé et condamné à résidence dans la ville de Lodève.

Monseigneur Galeffi est un homme discret. Son train est modeste et l'homme se sait surveillé. Il célèbre la messe dans la chapelle de l'Hôpital et ne se montre dans la paroisse que pour les vêpres. Il tient son rang avec circonspection, se contentant de porter des bas rouges.[2]

Du reste,le cardinal noir ne s'éternisera pas longtemps à Lodève. Au mois de février 1814, les premières troupes étrangères pénètrent sur le sol français. Le 12 mars, le duc d'Angoulême rallie à la cause royale la ville de Bordeaux. Napoléon est contraint de plier sous le nombre, il abdique à Fontainebleau le 11 avril.

Le palais de Fontainebleau est déjà vide à l'arrivée de l'empereur. Pie VII avait été autorisé à le quitter dès le 22 janvier. Après un périple qui devait le conduire de Cahors à Nîmes puis Beaucaire et Fréjus, il arrive à Rome le 24 mai.

Le 2 avril 1814, le cardinal Galeffi est libre. Sans tarder, il quitte Lodève pour son monastère bénédictin de Subiaco dont il est l'abbé commendataire depuis 1803.

Pier Francesco Galeffi va servir brillamment le Pape qui a retrouvé Rome et ses Etats. En 1819 il est nommé archevêque de Damas. En 1820 il devient cardinal-évêque d'Albano et archiprêtre de la basilique Saint-Pierre de Rome. En 1823 il participe au conclave qui élit Léon XII, puis à celui de 1829 qui élit Pie VIII. Il est nommé camerlingue de la Sainte-Eglise en 1824. En 1830 il devient évêque de Porto Santa Rufina et participe à l'élection de Grégoire XVI en 1831. Il est aussi archichancelier de l'Université de Rome.

Le cardinal Galeffi, après une carrière bien remplie s'éteint le 18 juin 1837 et est enterré à Rome dans l'église Santissima Trinita dei Pellegrini e Convalescenti. Mais Lodève se souvient-elle encore de son cardinal noir ?

Francis Moreau

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Notes :


[1] Napoléon et les cardinaux noirspar Geoffroy de Grandmaison, Perrin et cie 1895
[2] Quelques épisodes historiques du XVIIIe au XIXe siècle à Lodève, Jean-Marie Arnal-Vitalis 2007