logo

Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

L'ensemble des textes publiés sur ce site sont, hors citations et images, disponibles sous licence :
Creative Commons BY-ND 3.0




Le Château Romieu à Usclas-du-Bosc (Hérault)

 

Voici désormais plus de trente ans que l'imposant château d'Usclas-du-Bosc a été associé, par l'abbé Giry et Robert Aussibal [1], à une vaste hostellerie édifiée par les chevaliers de Malte pour y accueillir les pèlerins de passage sur la route de Saint-Gilles-du-Gard. Depuis quelques années, Olivier Cèbe à réorienté cette route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Il est vrai que le qualificatif de "romieux" accolé aux habitants d'Usclas, la coquille au fronton du château, la croix en forme de "croix de Malte" et la présence d'un grand nombre de stèles discoïdales, ont rendu perplexe plus d'un chercheur. L'abbé Giry, en reliant "l'hostellerie" à la commanderie hospitalière de Pézenas a confondu involontairement Usclas-du-Bosc avec Usclas-d'Hérault, ce dernier village ayant été rattaché effectivement aux Templiers puis aux hospitaliers de Pézenas. Olivier Cèbe a cédé à son intuition qui lui a fait relier d'évidence la coquille dite de "Saint-Jacques" avec le sanctuaire galicien. Mais qu'en est-il donc au juste ?

Château d'Usclas-du-Bosc
le Château d'Usclas-du-Bosc

Le château d'Usclas est certainement très ancien. Dès le XIe siècle, les cartulaires nous livrent les noms de Pierre et de Guillaume d'Usclas (1051-1099). En 1116, Bertrand d'Usclas donne l'alleu des Moulières à l'abbé de Gellone [2]. Le nom de "Moulières - Moleriis" évoque l'industrie de la taille meulière qui était déjà très importante à Usclas et qui fournissait la pierre de construction ou de parement pour l'abbaye de Saint-Guilhem-du-Désert et la plus grande partie des bâtisses du pays. Ce sont d'ailleurs les carriers d'Usclas qui se sont spécialisés dans la fabrication des stèles discoïdales dégagées du cimetière en 1974 et exposées depuis au musée de Lodève.

En 1197, cette seigneurie est rattachée directement à l'évêque de Lodève. Près de quatre siècles plus tard, les dépenses engagées pour contenir les troubles causés par les guerres de religions conduiront l'évêque René de Birague à vendre le château et sa juridiction à Robert Bernard (1577). Ce nouveau seigneur était d'une famille lodévoise enrichie par le commerce. De 1551 à 1553 il fût même recteur de l'Hôpital de la ville.

Pendant la Ligue, son château fût investi par le capitaine Talaissac au nom du vicomte de Joyeuse (1586) [3]. Mais les troupes du Duc de Montmorency ne tardèrent pas à reprendre le château au prix d'un combat furieux au cours duquel Talaissac fût tué.

Robert Bernard retrouva son château fort abimé mais pût encore jouir paisiblement de sa seigneurie et la transmettre à son fils Robert, qualifié de seigneur d'Usclas en 1622. Ce dernier, qui avait épousé Françoise de Montfajon, vendit une part du château au neveu de cette dernière, Robert de Guilleminet. Archidiacre de la cathédrale, Aumônier ordinaire du Roi, Vicaire Général de Lodève, Robert de Guilleminet est aussi le parrain du jeune Robert Bernard, troisième du nom, né en 1611.

Romieu D'Usclas
Blason de la famille de Romieu D'Usclas (Armorial Général de France par Charles René d'Hozier)

Le Grand Vicaire de Lodève s'empressa de céder sa part de seigneurie à Jean de Romieu, Juge à Lodève et fils de Robert Romieu, juge de Lodève en 1587, qui détenait déjà une part de la seigneurie d'Usclas en 1610. La famille de Romieu était présente à Lodève depuis le XIVe siècle au moins. En 1356, un Jean Romieu était docteur ès-lois et premier consul. En 1372, il était témoin de la fondation de la confrérie du Saint-Sacrement. La famille Romieu avait son hôtel particulier dans l'Ile des Romieux, pâté de maisons aujourd'hui disparu pour laisser la place à la rue Neuve des Marchés. Jean de Romieu avait épousé Marguerite Soubeyran en 1617. Il restaure le château à grands frais, on lui doit le magnifique escalier classique, et il fait placer sur la façade de son château les armes parlantes de sa famille, la fameuse coquille des pèlerins, "les romieux". Son fils, Jean-Hyppolite, docteur en droit et avocat à Montpellier, épouse Marguerite des Andrieux en 1650 et ne semble pas avoir résidé à Lodève ou à Usclas. Il reviendra à son fils Grégoire-Joseph, né en 1654 de s'installer au château d'Usclas avec son épouse Hélène de Fabre de Madières de Latude, après leur mariage à Lodève le 29 avril 1710. C'est à lui que nous devons la porte principale du château, surmontée de la coquille des de Romieu. En 1713 il offrira une nouvelle cloche à l'église dans laquelle se trouve le tombeau de sa famille. D'après l'Armorial d'Hozier, ses armoiries seraient les suivantes : " D'or à un écusson en abîme d'azur chargé d'une coquille d'argent soutenu par une corde de sable à 7 houppes de même."

Grégoire de Romieu aura deux filles qui resteront au château jusqu'à leurs disparitions respectives : Claire-Françoise (1714-1784) et Elizabeth (1723-1806). Avec cette dernière s'effacera le souvenir des de Romieu d'Usclas et naîtra la légende des "romieux".

Francis Moreau

Sommaire général - Retour en haut de page

Notes :


[1] Un Gisement cémétérial de stèles discoïdales a Usclas-du-Bosc (Hérault), dans Un diocèse Languedocien : Lodève Saint-Fulcran, pages 152 à 160.
[2] Cartulaire de Gellone, par Alaus, Cassan et Meynial, page 305.
[3] Histoire de la ville de Lodève par Ernest Martin, pages 46 et 47.

Sources :


Aux Archives Départementales de l'Hérault, série GG pour les paroisses Saint-Fulcran à Lodève, Saint-Firmin et Notre-Dame des Tables à Montpellier.
Archives communales d'Usclas-du-Bosc, registre 3E 326/1.Archives paroissiales d'Usclas, (Le Puech), 3E 227/1.