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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Armoiries des Seigneurs de La Châtaigneraie

 

La châtellenie de La Châtaigneraie, en Vendée, possédait une Haute, Moyenne et Basse juridiction sur les 36 arrières-fiefs qui lui étaient soumis. Elle relevait en hommage-lige de la baronnie de Mervent à laquelle elle versait « deux deniers d'or chascun du poix de cinq florins de Florence, à payer audit chastel de Mayrevent la veille de la feste de Noël quant le cas adviendra par muance d'homme par tout plect, rachapt et service, et un chappel de roses par muance de seigneur por tout service dheu pour telle cause à rendre audit chastel de Mayrevent la veille de Pentecoste en l'année de muance de seigneur sera: ou quoy que soit, s'il ne pouvoit estre trouvé en la veille de la Pentecoste, dedans la feste de la Nativité de Saint Jehan Baptiste ensuivant.» [1]

La ville de La Châtaigneraie doit son nom aux Chasteigner, du nom des chevaliers qui reçurent en fief, au XIe siècle, le territoire jouxtant l'antique paroisse Saint-Christophe. Depuis 1025, ce prieuré dépendait de la puissante abbaye bénédictine de Maillezais. Une méprise tend à confondre Saint-Christophe de La Châtaigneraie avec Saint-Christophe-du-Bois en Maine-et-Loire. Une bulle du pape Célestin III du 13 mai 1197 fait pourtant la distinction entre l'ecclesiam sancti christofori de Bosco et l'ecclesiam Castanei. La liste des paroisses de l'évêché de Maillezais, dressée en 1317, distingue également S.Christophori de La Châtaigneraie, dépendante du doyenné de Fontenay et S.Christophori de Bosco, qui relevait du doyenné de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Famille Chasteigner de La Chasteigneraye

Blason de la famille Chasteigner de la Chasteigneraye
D'or au lion arrêté de sinople, armé et lampassé de gueules

Le premier seigneur connu est Gislebertus Castanei mentionné dans l'acte de fondation du prieuré Saint-Christophe de Châteaufort, près de Paris. [2] Cet acte peut-être daté des environs de 1060-1068. Mais celui dont la descendance est prouvée est Thibaut Chasteigner, nommé dans une charte de l'abbaye de L'Absie datée des années 1136-1146. [3] La famille Chasteigner, fit édifier le château aujourd'hui disparu (actuel presbytère) ainsi que sa chapelle détruite en 1870 afin de pouvoir édifier une nouvelle église. La maison Chasteigner se divisera en de nombreuses branches et restera à La Châtaigneraie pendant trois siècles.

Famille de Vivonne

Blason de la famille de Vivonne
D'hermine au chef de gueules

La seigneurie de La Châtaigneraie entre dans la famille de Vivonne en 1335, par le mariage de Marie Chasteigner avec Savary IV de Vivonne. Les de Vivonne se distingueront à de nombreuses reprises: Savary V, tué en 1396 à la bataille de Nicopolis perdue contre les Ottomans; André, Sénéchal du Poitou en 1489; François, favori du roi Henri II, qui combattit Guy Chabot, sire de Jarnac, en un duel fameux qui devait lui ôter la vie; Charles II, chambellan du duc d'Alençon, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit en 1586; André, capitaine des gardes-du-corps de Marie de Médicis et Grand Fauconnier de France en 1612; Charles III, Gouverneur de Parthenay, chevalier du Saint-Esprit en 1619.

Le coup de Jarnac

François de La Châtaigneraie, fils puîné d'André de Vivonne, Grand-Sénéchal de Poitou, avait été élevé à la cour de François Ier où il s'était particulièrement lié avec le dauphin Henri, futur Henri II. Lui et son ami Guy Chabot, baron de Jarnac, jeunes hommes brillants mais sans doute frivoles, furent un jour pris dans la nasse d'une intrigue de cour entre les deux favorites royales. Diane de Poitiers, maîtresse d'Henri, exécrait Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier. A une question du dauphin sur l'origine de sa fortune, Guy Chabot, dont la femme était la sœur de la duchesse d'Étampes, répondit que sa belle-mère (la seconde épouse de son père) avait des bontés pour lui. Henri publia aussitôt que le dameret était l'amant de sa belle-mère. Jarnac répondit étourdiment que quiconque avait menti était méchant et lâche. Un prince ne pouvant se battre contre un simple gentilhomme, c'est François de La Châtaigneraie qui revendiqua l'honneur d'être le champion du dauphin. François Ier, qui comprenait d'où venait l'intrigue, s'opposa au duel. Mais son fils devenu le roi Henri II, la vengeance de Diane de Poitiers ne connut plus de limite. Elle voulait la totale défaite du clan des Pisseleu et poussa Henri II à organiser un duel judiciaire entre Jarnac et La Châtaigneraie, escomptant d'avance la victoire de ce dernier. Le duel eut lieu dans les jardins du château de Saint-Germain-en-Laye, le 10 juillet 1547. Guy Chabot, qui se savait inférieur dans les armes, s'était sérieusement préparé au combat. La Châtaigneraie, trop sûr de lui peut-être, ne se mit pas suffisamment en garde. Un coup imprévu au jarret le fit s'écrouler par terre. Jarnac pria le roi d'accepter le don de la vie. Celui-ci accepta et permit qu'on portât La Châtaigneraie dans sa tente, pour y être soigné. Mais dépité, ce dernier fit débander sa plaie et en mourut trois jours après. Cette fin inattendue et tragique, humiliante pour le roi et son parti, mit enfin un terme aux duels judiciaires. [4]

Le Coup de Jarnac
Le duel de Jarnac et de La Chataigneraie. Gravure sur bois. Collection BIU Santé

Famille de La Rochefoucauld

Blason de la famille de la Rochefoucauld
Burelé d'argent et d'azur, à trois chevrons de gueules brochant sur le tout, le premier écimé

L'auteur des Maximes, François VI duc de La Rochefoucauld (1613-1680) avait épousé en 1628 Andrée de Vivonne, Dame de La Châtaigneraie, fille unique d'André de Vivonne et de Marie-Antoinette de Loménie. André de Vivonne était capitaine des gardes du corps de Marie de Médicis et Grand Fauconnier de France, il est mort en 1616. Le duc de La Rochefoucauld céda son fief de La Châtaigneraie à Denis Marin (1652).

Famille Marin de La Châtaigneraie

Blason de la famille Marin de La Châtaigneraie
D'azur à un coq d'argent becqué et membré de gueules; au chef cousu aussi d'azur chargé de trois croissants d'argent

Denis Marin (1601-1678), Conseiller d'État et Intendant des Finances du Roi, est anobli en 1652 et acquiert la seigneurie de La Châtaigneraie. Son fils Arnoul Marin de La Châtaigneraie (1630-1699) sera premier président du Parlement de Provence (1674-1690). Les armoiries de cette famille ont évolué avec le temps: ajout d'une fasce d'or avec un coq d'or (1666); coq hardi d'or (1674). [5]

Famille Divry

Blason inconnu

Jean Divry (+1702) Procureur au Bailliage de Brétigny (1668), puis Conseiller Secrétaire du Roi (1671) est écuyer en 1696. Il acquiert la seigneurie en 1699 après le décès d'Arnoul Marin. En 1702, c'est sa veuve Charlotte du Brelet qui rend l'aveu pour la seigneurie. [6]

Famille Barberie de Saint-Contest

Blason de la famille Barberie de Saint-Contest
D'azur, à trois têtes d'aigles arrachées d'or

Dominique-Claude Barberie, marquis de Saint-Contest et de La Châtaigneraie (1668-1730), est diplomate et Conseiller d'État. Il avait épousé Anne Françoise Le Maître de Bellejame. Leur fils François-Dominique (1701-1754), marquis de La Châtaigneraie, est Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères. Son épouse Jeanne-Monique Desvieux meurt en 1746 à l'âge de 28 ans. Leur second fils, Henri-Louis (1708-1772), sera Intendant en Champagne et l'initiateur de la promenade connue sous le nom de « Cours d'Ormesson » à Châlons-en-Champagne. La seigneurie de La Châtaigneraie est vendue au comte d'Asnière en 1774.

Famille d'Asnières La Châtaigneraie

Blason de la famille Famille d'Asnières La Châtaigneraie
D'argent à trois croissants de gueules, 2 et 1

Jean d'Asnières (1739-1824), comte d'Asnières et de la Cressonnière, gentilhomme d'honneur du comte d'Artois, maréchal de camp, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, acquit la seigneurie de La Châtaigneraie en 1774. Deux années plus tard, il obtenait du roi Louis XVI la création du marquisat d'Asnières-La Châtaigneraie qui réunissait sous sa juridiction les terres de La Châtaigneraie, Menomblet, la baronnie du Petit-Château de Vouvant, les châtellenies du Bourg-Bastard, La Tardière, Saint-Pierre-du-Chemin, Saint-Marsault, Marillet et le fief Fraigneau. Le marquis d'Asnières-La Châtaigneraie résidait au château de la Ménardière de Saint-Pierre-du-Chemin. La famille d'Asnières devait s'éteindre avec le décès du marquis Joseph Renaud en 1892, mort sans descendance de son union avec Jeanne Alyde Henriette Lemaire de Neuville. La famille d'Asnières est à l'origine de la fondation de l'Hôpital-Hospice de Saint-Pierre-du-Chemin.

Françoise de La Châtaigneraye

Blason de Françoise de La Châtaigneraye
D'argent au lion d'azur semé de fleurs de lys d'or

Françoise de La Châtaigneraye, femme de Marc Tiercelin, seigneur de La Roche-du-Maine, qu'elle avait épousé le 10 janvier 1385, selon Adrian de la Morlière, n'appartient pas à la famille de Vivonne comme le suggère le Père Anselme. [7] Il s'agit ici de la famille de La Châtaigneraye en Touraine, représentée au XVe siècle par Pierre de La Châtaigneraye époux de Marguerite de Vendôme et leur fils Jean, époux d'Isabeau de Fromentière. Au XVIe siècle, on connaît encore François, seigneur de la Chenuère, Jean et Jacques, seigneurs des Pins, du Penay et de Chamblay-lès-Tours. Edmond de la Châtaigneraye, seigneur de Glatigny, avait épousé Françoise de Taillevis. Il était seigneur de la Blotinière, Asnières, Le Grand-Gué, Saint-Calais, Les Hayes, Chaufour, La Perrine et La Barre de Lunay. Devenue veuve, Françoise de Taillevis devait épouser Gilles de Ronsard en 1576. En 1582, on relate le mariage de Esme du Plessey, seigneur de Périgny, avec Judith de La Châtaigneraye. [8]

En 1542, François d'Appelvoisin épouse Françoise Tiercelin de la Roche-du-Maine, sœur de l'évêque de Luçon Jean-Baptiste Tiercelin. Leur fils puîné, Antoine, porta le titre de seigneur de La Châtaigneraye. Il devait épouser en première noce Anne du Bellay. [9]

Blason La Châtaigneraye prieur de Mondonville
La Châtaigneraye-Vendôme

Enfin, un La Châtaigneraye, prieur de Saint-Martin-de-Mondonville-Saint-Jean (Eure-et-Loir), portait comme armoiries : écartelé: au 1 et 4 d'or à trois fasces de gueules; aux 2 et 3 d'argent au chef de gueules, au lion d'azur, armé et lampassé d'or, ayant sur le cou une fleur de lys d'or, brochant sur le tout. Les 2e et 3e quartiers, rappellent les armoiries des comtes de Vendôme: d'argent au chef de gueules. On a vu qu'un Pierre de La Châtaigneraye avait épousé une Marguerite de Vendôme. Le blason de la maison de La Châtaigneraye paraît donc inspiré par celui de la première maison de Vendôme qui est d'argent au chef de gueules, au lion d'azur couronné, armé et lampassé d'or, brochant sur le tout. [10]

Au XVIe siècle encore, Antoine de La Chastaigneraye était Gouverneur du duché de Vendôme. [11] D'après Jean-Paul Fernon, La Châtaigneraie du Vendômois blasonnait D'or à trois fasces de gueules.

Blason La Châtaigneraye-Vendôme
La Châtaigneraye

La seigneurie de La Châtaigneraye sera incorporée au duché-pairie de Luynes au siècle suivant.

Le blason qui sera adopté par la ville de La Châtaigneraie en 1956, sur la foi de l'armorial de Van Driesten, est plus probablement celui de la famille de La Châtaigneraye de Touraine que de celle du Poitou. L'attribution erronée par les anciens documents semble être à l'origine de cette confusion.

La commune de La Châtaigneraie n'a pas eu, au cours de l'histoire, d'autres blasons que celui de ses seigneurs. L' adoption du blason de la maison des Chasteigner de la Chasteigneraye du Poitou: D'or au lion arrêté de sinople, armé et lampassé de gueules aurait été plus pertinente.

Francis Moreau
2016

Les blasons de cet article ont été réalisés par
Jean-Paul Fernon et Patrick Rousseau.

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Bibliographie et sources


Amanton C.-N. : Recherches Biographiques sur Denis Marin de La Chasteigneraye, De Frantin, Dijon, 1807
Anselme (P.) : Histoire Généalogique et Chronologique de la Maison Royale de France, Librairies Associez, Paris 1733, tome 8, 3e édition.
Anselme (P.) : Le Palais d'Honneur, Pierre Bessin, Paris 1664
Aubert de la Chesnaye Desbois François Alexandre : Dictionnaire de la Noblesse, Paris 1770
Barré de Saint-Venan Raoul : Dictionnaire...du Vendômois, C.Migault, Blois, 1913-1917
Bourloton Edgar : La seigneurie de Vouvant, Revue du Bas-Poitou, 1900, 13e année 4e livraison
Brantôme (Pierre de Bourdeille) : Œuvres Complètes , Vve Jules Renouard Paris 1873, Tome 6
Chabot (de) Paul (Vicomte) : Les chevaliers du Saint-Esprit de la province du Poitou, Revue du Bas-Poitou, 1900, 13e année 2e et 4e livraison
Clabault : Généalogie Historique de la maison de Chasteigner en Poitou, Augustin-Martin Cottin, Paris 1779
De Maude M.A. : Armorial du Vendômois, Bachelin-Deflorenne, Paris 1867
Du Chesne André : Histoire Généalogique de la Maison des Chasteigners, Sébastien Cramoisy, Paris 1634, (lire en ligne)
Du Chesne André : Preuves de l'Histoire de la Maison des Chasteigners, Sébastien Cramoisy, Paris 1633
Fernon Jean Paul, Leger Christian, de Pontbriand Olivier : Armorial du Vendômois, Ed. du Cherche-Lune, Vendôme 2000
Gendrillon Bernard : La Châtaigneraie Vendée, Le poiré-sur-Vie, 1994
Jougla de Morenas Henri : Grand Armorial de France, Les Héraldiques, 1938-1952, 7 tomes
La Porte (de) Armand : Armorial dela Noblesse du Poitou en 1789, Poitiers, 1874 (Page 35)
Morlière (de la) Adrian : Recueil de plusieurs nobles et illustres Maisons vivantes et esteintes en l'estendue du diocèse d'Amiens, Sébastien Cramoisy, Paris 1642
Morlière (de la) Adrian : Les antiquités de la ville d'Amiens et le recueil de plusieurs nobles et illustres maisons, Sébastien Cramoisy, Paris 1642
Teillet Louis : Histoire du Canton de La Châtaigneraie, 1905-1906
Tessereau : Histoire Chronologique de la Grande Chancellerie de France, Paris, 1706, tome 2
Van Driesten : Armorial National des Villes de France, C.Claesen, Paris 1889
Archives Départementales de l'Indre-et-Loire : Fonds famille de Taillevis et de Périgny, articles 97J3, 97J29, 97J33, 97J38
Archives Départementales de la Vendée : Fonds famille d'Asnières-la-Châtaigneraie, articles 11J n°1 à 18
Patrick Rousseau : Héraldique en Loir et Cher (http://www.patev.net/)

Notes :


[1] Titres de la seigneurie de La Chastaigneraye, Preuves de l'Histoire de la Maison des Chasteigners, page 180. L'hommage-lige est un lien renforcé entre un vassal et un principal suzerain.
[2] Carta fundatione Ecclesiæ S.Christophori de Castelloforti in episcopatu Parisiensi ab Aimerico milite facta, etc, testes, : Guidonis Montisletherici filius ..... Gislebertus Castanei....etc. Preuves de l'Histoire des Chasteigners, page 179.
[3] Voir Preuves de l'Histoire des Chasteigners, page 3.
[4] Brantôme, Œuvres complètes, Tome 6, p.273. François de Vivonne était en réalité seigneur d'Ardelay. C'est son frère Charles qui était alors seigneur de La Châtaigneraie.
[5] D'après Mr Jean-François Pinon de Quincy: "Évolution des Armes Marin au fil des siècles".
[6] Histoire Chronologique de la Grande Chancellerie, tome 2, Paris 1706, pp. 147 et 444. Edgar Bourloton, La Seigneurie de Vouvant, dans la Revue du Bas-Poitou 1900, page 422.
[7] Le Palais d'Honneur, p. 682; voir de La Morlière p.157 et section Armorial.
[8] Archives Départementales Indre-et-Loire.
[9] Dictionnaire de la Noblesse p.324.
[10] De Maude, Armorial du Vendômois, p.13. Ce blason est visible dans l'église de Saint-Martin de Lunay (Loir-et-Cher).
[11] Archives Nationales, Châtelet de Paris, Insinuations Y//129 (9 mai 1587). Il avait épousé Aimée Le Cous.