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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Villa Isiates

 

C'est dans un texte de la seconde moitié du XIe siècle, mais daté de l'an 806/807, qu'est mentionné pour la première et dernière fois, la villa Isiates: in villa Isiates, mansum unum...

Ce texte, conservé dans le cartulaire de Gellone, est une longue énumération des Biens donnée à la jeune abbaye depuis sa fondation et transcrite à l'initiative de l'Abbé Juliofredus. [1]

L'énumération ne suit pas un ordre géographique apparent. Mais parfois, certaines proximités peuvent être indicatives d'un espace plus ou moins cohérent. C'est ainsi que la villa Isiates est citée à proximité de la villa Launates. C'est sur cette base que dans son Dictionnaire Topographique, Eugène Thomas situe Isiates à Joncels, siège d'une antique abbaye, non loin de Lunas.[2]

Gaston Combarnous a complété et corrigé le travail d'Eugène Thomas en ce qui concerne les noms cités dans le cartulaire de Gellone. Il doute fortement du bien fondé de la localisation admise par le Dictionnaire Topographique et propose le lieu dit Les sources d'Isis à Avèze dans le Gard. Là aussi, la cohérence géographique est plausible, puisque le domaine cité à la suite de la villa Isiates, la villa Cuguciaco se trouverait au lieu dit La Culasse à Rogues, non loin d'Avèze.[3]

En outre, si ce document est bien de la fin du XIe siècle, il semble difficile d'attribuer Isiates à Joncels dans la mesure ou ce monastère est déjà ancien et a laissé de nombreuses traces dans les chartes régionales: Juncellensis (837), Joncellos (961), Joncels (1069), du latin juncus - roseau/jonc.

L'Abbaye de Joncels

L'Abbaye de Joncels est une fondation privée du début du IXe siècle. Dès 819, elle est exemptée de contributions par Louis le Pieux. Elle est érigée en Abbaye Royale par Pépin II d'Aquitaine en 851. En 909, un diplôme de Charles le Simple rappelle qu'elle est en union avec l'Abbaye de Psalmodi. Dans le courant du Xe siècle elle sera placée sous la protection de l'évêque de Lodève Fulcran. A la suite d'une transmission effectuée probablement à l'aide de liens familiaux, elle est placée sous la tutelle des vicomtes de Nîmes qui gèrent le suburbium de Lunas. [4]

Au XIe siècle on le voit, il est bien difficile d'ignorer l'Abbaye de Joncels au profit de l'hypothétique villa Isiates. Comme pour la plupart des abbayes languedocienne, le village de Joncels s'est développé autour du monastère, regroupant familiers et artisans.

Histoire de l'Abbaye de Joncels par l'abbé Alzieu: voir le site Via Tolosana.

La légende d'Issiates

La localisation d'Isiates à Joncels a donné lieu à une légende qui met en scène le terrible baron Issiates de Mourcoirol. Celui-ci s'éprend d'une jeune et belle bergère, qui se jeta dans le vide plutôt que de céder aux avances du rustre. Sans le vouloir le baron Issiates se jeta lui-aussi du haut d'un rocher. Cédant à la pénitence, il revint à la vie, se fît pèlerin et fonda le monastère de Joncels près d'une source jaillissant dans les joncs : Joncs-Cella.

Une halte vers Compostelle

Plus récemment, Isiates a retrouvé un nouveau lustre en devenant Cella Issiates et en donnant son nom à une fameuse auberge pour pèlerins. Evidemment, sauf improbable découverte, tout cela n'a rien d'historique, le chemin vers Compostelle étant de création récente.

Saint Pierre et Saint Benoît

Le retable en bois doré de l'église abbatiale, datant du XVIe siècle, offre à la vénération des fidèles, Saint Pierre à laquelle l'église est consacrée et Saint Benoît de Nursie, fondateur de l'Ordre des Bénédictins. Un groupe sculpté dans du noyer (XVIIIe) représente Saint-Michel terrassant Lucifer. Une chapelle est dédiée au centurion romain Saint Benoît qui serait mort en martyr en 303. Ses reliques sont vénérées à Joncels depuis 1733. Nulle trace en tout cas de Saint Jacques et de Compostelle.

La Source d'Isis

La Source d'Isis, Fons qui appellatur Ysa (1069) Isa inferiori (1340) , située sur le hameau de Cassagne à Avèze (Gard), est une des plus belles sources des Cévennes et l'une des plus abondantes. En 1941, A. Blanchet et M. Louis y ont trouvé des restes d'antiquités romaines. Elle n'est pas très loin de Saint-Julien- de-la-Nef, dont les deux églises successives, d'abord pré-romane puis romane, ont été construites sur les fondation d'un temple romain dédié à Isis. L'étymologie du nom de la commune, Avèze, qui est composé de la racine hydronymique d'origine préceltique ab suivi du suffixe latin itia , n'est pas sans rappeler Isiates . La Source est elle aussi l'objet d'une légende. Les prêtresses du Temple de Diane à Nîmes avaient l'habitude d'herboriser chaque année sur les pentes de l'Aigoual. Au cours de ces expéditions, elles faisaient halte sur les bords de la source et se baignaient dans son eau pour y entretenir leur beauté. Un jour, l'une d'elle, appelée Isa , rencontra un jeune berger. Ils tombèrent éperdument amoureux et de leurs relations naquit un enfant. Mais la prêtresse avait fait vœu de chasteté et dû cacher son fils. Tous les ans elle revenait à la source pour y retrouver son amant et son enfant. Voir le site de Dominique Garel.

Joncels ou Avèze ?

Au vu des éléments historiques, archéologiques et étymologiques dont le chercheur peut disposer aujourd'hui, il nous semble qu'une localisation à Joncels dans l'Hérault est tout à fait improbable. Avèze et la Source d'Isis sembleraient être les endroits indiqués, l'archéologie apportant pour ces lieux des traces d'occupation antique plus certaines. Il reste que l'interprétation des textes médiévaux est parfois hasardeuse, d'autant que ces textes sont souvent d'une authenticité douteuse. Nous devons nous méfier en tout cas des emballements légendaires et touristiques qui ne cherchent trop souvent qu'à appâter le visiteur plutôt qu'à l'informer véritablement.

Francis Moreau

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Bibliographie


Alaus, Cassan et Meynial : Cartulaire des Abbayes d'Aniane et de Gellone, Martel 1898
Combarnous Gaston: Index des Noms de Lieux et de Personnes dans le cartulaire de Gellone,Chalaguier, Clermont-l'Hérault 1975
Débax Hélène :La Féodalité Languedocienne XIe-XIIe sièclesP.U. du mirail, Toulouse 2003
Germer-Durand E. :Dictionnaire Topographique du département du Gard Imprimerie Impériale, Paris 1868
Hamlin Frank R. : Les Noms de Lieux de l'Herault, Maury,Millau 1983
Thomas E. :Dictionnaire Topographique du département de l'Hérault Imprimerie Impériale, Paris 1865
Dom Vic et Dom Vaissette, : Histoire Générale du Languedoc, PreuvesLacour, Nîmes 1993

Notes :


[1] HGL, p.600.
[2] Débax, p.46.
[3] Combarnous, pp.44-45.
[4] Débax, p.46.