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Francis Moreau

Présentation de travaux de recherches historiques et généalogiques

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Armoiries Médiévales des Evêques de Lodève

 

L'héraldique a d'abord une origine militaire : lors des croisades au Proche-Orient, une identification rapide des combattants est devenue indispensable pour déterminer sans équivoque qui était le combattant et à quelle nation il appartenait. La coutume se répandra ensuite en Occident où la force était un élément du Droit et exigeait du vassal qu'il accompagnât son suzerain dans la poursuite guerrière de ses objectifs.

L'héraldique ecclésiastique est née de la nécessité de distinguer les possesseurs de sceaux, qui authentifiaient les contrats écrits.

Les blasons pouvaient être familiaux ou personnels, au choix de leurs titulaires et à leur convenance. Une seule famille pouvait ainsi posséder plusieurs armes, tandis qu'un même blason pouvait être utilisé par plusieurs familles différentes. Un savant bénédictin a pu écrire que l'identité des armes ne prouve point l'identité des familles et que la diversité des armes ne prouve point la diversité des familles.

Malgré plusieurs publications récentes [1] , l'héraldique lodévoise est encore largement aléatoire. La plupart des blasons médiévaux ne nous sont point parvenus et ont fait l'objet de reconstitutions tardives et parfois hâtives. Il est facile de prendre en exemple les évêques Guillaume de Caselles (1241-1259) et Déodat de Boussagues (1280-1284) auxquels on a attribué les armoiries passe-partout des communautés d'habitants d'où ils sont originaires, et qui ont été créées au XVIIe siècle pour l'armorial d'Hozier.
[2] Il n'est pas possible de dresser ici un inventaire complet des blasons, connus ou à connaître, des évêques de Lodève. Les quelques exemples produits ne prétendent qu'à initier de nouvelles recherches, en incitant l'historien à s'émanciper des sources primitives que représentent la Chronologie des évêques de Lodève de Plantavit de la Pauze et la France Pontificale de Mr Honoré Fisquet. Déjà, en 1900, l'historien lodévois Ernest Martin déplorait un certain abandon à la facilité : c'est la source, écrivait-il en parlant de la Chronologie, à laquelle pendant près de trois siècles, ont puisé largement et sans aucun contrôle les divers auteurs qui se sont occupés de l'histoire de Lodève. [3]

Jacques de Concots 1318-1322

Sceau de Jacques de Concots
Sceau de Jacques de Concots

Evêque de Lodève, puis Archevêque d'Aix de 1322 à 1329. Son blason est représenté sur un sceau lui appartenant et conservé aux Archives des Bouches-du-Rhône. Il est impossible d'en déterminer les couleurs : "Losangé de .... et de ..., au chef de....". Ce blason est accompagné de celui du pape Jean XXII.

Source : Blancard, Iconographie des sceaux et bulles conservés aux archives des Bouches-du-Rhône, tome I, p. 138 et tome II, planche 67, n° 5.

Description de l'Armorial Episcopal : D'azur, à l'aigle couronné d'or.

A noter que sur la foi de l'Armorial d'Hozier, la commune de Concots (Lot) a adopté le blason attribué à Jean de Day, prieur du lieu, qui est "D'argent au dais de gueules surmonté de quatre panaches du même".

Jean Tissandier 1322-1324

Armes de Jean Tissandier
Chapiteau aux armes de Jean Tissandier, Musée des Augustins Toulouse

Appelé aussi de La Tixerenderie ce religieux franciscain restera deux années sur le siège de Lodève avant son transfert à l'évêché de Rieux (Rieux-Volvestre 31).

Mécène, il entreprend la construction de la chapelle de N.D. de Rieux, dans l'enclos des cordeliers de Toulouse (démolie en 1804). Il y fait travailler un sculpteur original et anonyme connu sous le nom de Maître de Rieux. Le musée des Augustins de Toulouse conserve aujourd'hui une grande partie des œuvres de ce sculpteur et notamment le gisant de Jean Tissandier (mort en 1348) où sont sculptées ses armoiries.

On les décrit ainsi : Mi-parti chargé à dextre de trois croissants et à senestre de trois coquilles.

Description de l'Armorial Episcopal : Ecartelé, aux 1 et 4 d'azur, à trois croissants d'argent, posés 2 et 1, aux 2 et 3 de gueules, à trois coquilles d'or posées l'une sur l'autre.

Pierre Girard 1382-1385

Originaire de Saint-Symphorien-sur-Coise (Saint-Symphorien-le-Château) près de Lyon, Pierre Girard est nommé évêque du Puy après son passage à Lodève. En 1390 il est créé cardinal par l'antipape Clément VII et mourra en Avignon en 1415.

Cardinal Pierre Girard
Portrait du cardinal Pierre Girard

Pierre Girard est un parfait exemple du fonctionnement de l'ascenseur social que représentait l'Eglise au Moyen-Age. D'origine modeste, il fut remarqué pour ses dons intellectuels et pu bénéficier d'une instruction universitaire de qualité. L'origine sociale n'entrait pas en ligne de compte pour l'Eglise qui recherchait avant tout du personnel très compétent. C'est le pouvoir royal qui brisa net ce mouvement que l'on pourrait qualifier de progressiste dans l'univers figé d'une société d'Ordres, en s'appropriant la nomination aux évêchés et aux bénéfices ecclésiastiques (Concordat de 1516).
Il rénove et transforme profondément l'église de sa ville natale, y faisant figurer ses armoiries qui sont "D'azur à la bande d'argent, à la bordure d'or chargée de quatorze tourteaux de gueules". Ce blason est fort différent de celui décrit dans la France Pontificale qui blasonne ainsi : "D'azur au chevron d'argent".

Description de l'Armorial Episcopal : D'azur, à la bande d'argent, à la bordure d'or chargée de 9 tourteaux de gueules.

Clément de Grandmont 1385-1392

Sceau de Clément de Grandmont
Sceau de Clément de Grandmont

Clément de Grandmont (ou de Grammont) avait été chanoine de Cambrai, puis d'Orléans et Archidiacre majeur d'Angers en 1384. Il était Auditeur du Pape depuis 1379 avant de devenir évêque de Lodève.

Son blason était "émanché en pal de deux pointes et une demie" ou "Pointé fascé d'une demie et deux pièces de... Et deux pièces et une demie de...".

Sources : Blancard, Iconographie des sceaux et bulles conservés aux archives des Bouches-du-Rhône, tome I, p. 297 et tome II, planche 108, n° 1. Blason lapidaire sur façade, Tour de l'Auditeur, rue du Chapeau Rouge, Avignon. (communication de Mr Philippe Grimaud)

Description de l'Armorial Episcopal : D'or, au lion d'azur.

René du Puy 1520-1524

René du Puy (Delpech en lodévois) est issu de la famille des seigneurs de Nazelles en Indre-et-Loire. Abbé des bénédictins de Turpenay et Prieur des Grandmontains de Pommier-Aigre, il est nommé Abbé de Cormery en 1507 où il prend la suite de son oncle Jean du Puy.

Il fait son entrée solennelle à Lodève en septembre 1521 et meurt d'un excès de chaleur au château de la Trivalle, sur le Larzac, au mois de juillet 1524. Il sera enterré devant le choeur de la cathédrale et non point dans la chapelle Saint-Michel comme le voulait la coutume.

Le généalogiste François Roger de Gaignières (1642-1715) a décrit son tombeau, qu'il croit avoir vu près du grand autel de l'abbatiale de Cormery. Il y a sans doute erreur, a moins qu'il ne s'agisse d'un cénotaphe.

Le tombeau de la cathédrale de Lodève a été détruit et dispersé pendant l'occupation protestante de la ville (1573-1576). Mais l'abbaye de Cormery conserve encore une chapelle funéraire où le blason des du Puy est figuré sur une clef de voûte. Il porte "De sinople à la bande d'or côtoyée de six merlettes de même".

L'ornementation en gothique flamboyant sur laquelle il repose rappelle le blason bûché qui surmonte une porte de l'ancien château du Puech. Pourrait-il s'agir ici du blason de René du Puy, égaré dans les ruines de la cathédrale et replacé à cet endroit dans un souci d'analogie avec Le Puech ( Delpech, del Puech...) ?

Description de l'Armorial Episcopal: De sinople, à la bande d'or, accompagné de 6 merlettes du même.

Blason château du Puech
Blason bûché, Château du Puech
Armes de Jean du Puy
Chapiteau aux armes de Jean du Puy, Abbaye de Cormery (37)

Nécessité d'un Armorial critique

Nous avons vu précédemment que les sources du XVIIe siècle, chronologies ou armoriaux, pouvaient être entachées d'erreurs grossières, voire par des manipulations plus ou moins intentionnelles. En 1696, Charles d'Hozier, Juge Général d'Armes de France, et Adrien Vannier son adjoint, furent chargés de constituer un Armorial Général et de percevoir les droits d'enregistrement pour le Roi. Pour des raisons fiscales, l'obligation d'enregistrement fut étendue, non seulement aux familles déjà titrées, mais à toutes les personnes ou communautés (villes et villages) susceptibles de porter blason. Ainsi, ceux qui n'en avaient point se sont vu imposer d'office des armoiries dont la signification dépendait plus de l'imagination des commis de d'Hozier que de l'exacte tradition historique. Certaines familles de vieille aristocratie se virent même attribuer des blasons sans aucun rapport avec leurs armes ancestrales. Si les premières intentions furent sans doute louables, les résultats en furent parfois désastreux pour l'héraldique française.

Nous nous bornerons à relever ici le blason attribué par l'Armorial Episcopal a Pierre Raymond de Lodève (en réalité Pierre Raimond de Montpeyroux 1207-1237).[4] Il est ainsi décrit : D'azur, à la croix cantonnée, au 1 d'une cloche, au 2 d'un croissant, au 3 de la lettre L, au 4 de la lettre D, le tout d'or. On devine ici le blason habituel de la ville de Lodève, sauf la cloche du premier canton qui est substituée à l'étoile. J'ai eu l'occasion de montrer dans un précédent article comment ce blason est une création de la seconde moitié du XVIIe siècle, sur la base des travaux de Plantavit de la Pauze. La famille de Lodève blasonnait quant à elle avec un échiqueté d'or et gueules à 16 pièces, mais elle n'a jamais porté ni le titre, ni les armoiries du comté de Montbrun qui étaient d'argent au lion de sable.

L'Armorial se fait donc là l'écho de deux erreurs : une première sur l'identité du personnage, et une seconde sur son blason. Il est vrai que dans les ouvrages anciens, les erreurs d'identification étaient relativement nombreuses, lorsqu'il s'agissait d'interpréter quelques initiales ou de faire le tri entre plusieurs homonymes.

L'Armorial Episcopal garde des traces de ces anomalies dans une succession de pseudo-évêques, [5] et dans une confusion regrettable entre certains personnages, tel Guillaume de Mandagot.

Guillaume de Mandagot (ou Mandagout) évêque de Lodève de 1312 à 1318, puis d'Uzès de 1318 à 1344, y est confondu avec son oncle Guillaume de Mandagot qui fut archevêque d'Embrun de 1295 à 1311, puis d'Aix en 1311 et 1312, avant d'être promu cardinal en 1312.

Signalons enfin l'absence de Pierre Decan de Posquières (1143-1161) et de Guillaume du Lac (1392-1398) dont l'existence fut pourtant révélée par l'historien Jean Favier en 1966! [6]

Outre les collections déjà citées, l'historien ou l'amateur pourront aussi se reporter à la Collection des Sceaux de Mr. Douet d'Arcq (Tome II, Plon Paris 1867) où sous les numéros 6665, 6666 et 6667 sont décrits les sceaux des évêques Guillaume de Caselles, Déodat de Boussagues et Guilhem de Mandagot. Mais aucun de ces sceaux ne montre les armoiries familiales ou particulières des titulaires.

Francis Moreau
2013

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Liens :


A consulter aussi, Blasons et armoiries dans la cathédrale de Lodève

Notes :


[1] Jean-Jacques Lartigue, "Dictionnaire et Armorial de l'Episcopat français" ICC, 2002 et Robert Aussibal "Armorial Episcopal du diocèse de Lodève" 2011. Ces ouvrages s'inspirent uniquement de "Chronologia Praesulum Lodovensium" de Jean Plantavit de la Pauze, paru en 1634, et de "La France Pontificale-Gallia Christiana" de Honoré Fisquet et paru entre 1864 et 1874.
[2] Charles d'Hozier "Armorial Général".
[3] Ernest Martin, "Histoire de la ville de Lodève", Montpellier 1900, tome 2, note VIII, page 443.
[4] Ernest Martin, op. cit. tome 2, note II, page 341.
[5] Bernard de Poitiers, Guillaume du Puy, Gui de Perpignan, Guillaume Grimoard, Jacques de Joyeuse, Bernard de Casilhac et Jean le Hennuyer, ce dernier était évêque de Lisieux ! On relève aussi des erreurs patronymiques : Prévenchères pour Prévinquières, Gaucelin Raynal pour Gaucelin Raymond, Pierre-Raimond pour Raymond Guilhem, Estourteville pour Estouteville.
[6] Voir article précédent : "Guillaume du Lac, l'évêque oublié !" Sans certitude,il pourrait avoir blasonné "d'or au chevron de gueules, accompagné de trois fermeaux d'azur sans ardillons ou trois rocs d'échiquier". (Blancard, op. cité, II pl.88, n° 7 - Ce blason est celui de Guillaume du Lac, abbé de Saint-Victor de Marseille, que l'on rattache habituellement, à la famille du Lac d'Enval, diocèse de Clermont, voir Antoine de Ruffi, Histoire de la ville de Marseille, seconde édition, tome second, Marseille 1696, livre XI, page 162 et Riestap, Armorial Général, tome 2, page 2).